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Tribune Le Monde (collectif) : Elections municipales 2026 : « Les avantages écologiques, sanitaires et sociaux liés aux arbres urbains sont largement supérieurs aux coûts »

Dans une tribune au « Monde » du 11 mars 2026, un collectif de chercheurs évoque les bénéfices liés aux plantations d’arbres urbains, mais insiste sur le fait que ce type de mesure demeure insuffisant face aux enjeux de durabilité dans les villes.

Lorsque la nature en ville s’invite dans les débats préélectoraux, c’est bien souvent par le biais des arbres que l’on promet de planter pour revégétaliser une place par-ci, une rue par-là. C’est nécessaire, mais cela ne doit pas servir de paravent à la poursuite d’une artificialisation massive des sols, ni faire oublier les arbres déjà en place.

Les arbres urbains apportent d’indéniables avantages aux personnes qui vivent et travaillent en ville : ils rafraîchissent l’air et le sol, filtrent une partie des pollutions atmosphériques, favorisent l’infiltration de l’eau dans le sol, hébergent une riche biodiversité et contribuent au bien-être physique et psychique des personnes. Dans le jargon académique, ils fournissent des services écosystémiques et représentent des « solutions fondées sur la nature » susceptibles de placer les villes dans une trajectoire d’adaptation aux effets des changements globaux. Pourtant, il y a un revers à la médaille : les « déservices » liés aux feuilles mortes et aux fruits qui rendent les chaussées glissantes, aux racines qui endommagent les infrastructures, ou encore aux pollens, sources d’allergies.

Equilibrer les services et les déservices liés aux arbres lors de leur installation en ville et leur entretien représente de nombreux défis écologiques, techniques, matériels et réglementaires. Cela a aussi un coût, surtout au début et à la fin du cycle de vie des arbres. Pourtant, les recherches convergent pour souligner que les avantages écologiques, sanitaires et sociaux liés aux arbres urbains sont largement supérieurs aux coûts. En considérant les impacts marchands et non marchands, les politiques en faveur des arbres apparaissent justifiées sur le plan économique, en particulier dans un contexte d’urgence climatique. Alors on plante. Mais planter ne suffira pas. Encore faut-il que les arbres survivent.

Attention collective

Ce sont les arbres sains et matures qui génèrent les bénéfices les plus importants pour la collectivité. Or, les arbres urbains sont fragiles. Ils vivent vite et meurent jeunes, souvent faute d’une préparation adéquate de la plantation, de soins pendant les premières années, ou de planification à long terme de leur entretien. Ceux qui survivent sont malmenés. Ils manquent de place. Ils ont chaud et soif. Ils subissent des coups sur les racines et les troncs, sans parler de leurs ennemis de toujours : les champignons pathogènes et les insectes ravageurs.

Bien sûr, certains individus survivent jusqu’à devenir la mémoire de la ville. Mais ces « vénérables » ne feront pas longtemps face à nos bouleversements. Les modèles nous suggèrent que la survie de la majorité des arbres urbains d’aujourd’hui est compromise à l’horizon 2050 et encore plus au-delà. Il est raisonnable de penser leur remplacement pour adapter aujourd’hui nos villes aux conditions de demain au moins autant qu’il est nécessaire de les préserver en attendant que la relève pousse. Cela implique une surveillance attentive.

En la matière, les élus passés et futurs ne peuvent pas tout. Plus les arbres seront nombreux en ville, plus il sera difficile pour les municipalités de les surveiller et de les gérer tous, d’autant qu’ils poussent déjà en majorité sur du foncier privé (jardins des particuliers, espaces verts des ensembles résidentiels, parcs d’entreprises). La participation active des citadins dans la surveillance de la santé des arbres et le soin qui leur est apporté – ce que les Anglais qualifient de « stewardship » – apparaissent alors essentiels. Il ne s’agit pas de prôner un désengagement des acteurs publics dans une activité essentielle à la collectivité, mais au contraire de reconnaître la nécessité de promouvoir l’appropriation des enjeux liés aux arbres urbains par l’ensemble des acteurs qui font et vivent la ville, sur le temps long, en centre-ville autant qu’en périphérie.

L’attention collective portée aux arbres n’est peut-être pas visible. Elle se quantifie difficilement. Elle est pourtant essentielle. En revanche, elle ne se décrète pas. Elle doit être suscitée et accompagnée. Pour cela elle a besoin de moyens. C’est à cette condition que les politiques de l’arbre en ville auront un impact durable sur le bien-être des citadins.

Bastien Castagneyrol, chercheur en écologie à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae) ; Baptiste Hautdidier, chercheur en géographie à l’Inrae ; Dorna Javan, chercheuse en science politique à l’Inrae ; Raia Silvia Massad, chercheuse en sciences de l’environnement à l’Inrae ; Céline Monetti, chargée de mission sciences participatives à l’Inrae ; Léa Tardieu, chercheuse en économie à l’Inrae ; Maude Toïgo, enseignante-chercheuse en sciences forestières à Bordeaux Sciences Agro ; Janani Sivarajah, professeure de foresterie urbaine à l’Université Laval (Québec).